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Brèves de traite juin 2022

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tarissement TARISSEMENT : impact économique du traitement sélectif aux USA

Réduire l’utilisation des antibiotiques dans le cadre du traitement au tarissement est économiquement viable dans les grands troupeaux laitiers des États-Unis. C’est la conclusion d’une publication de scientifiques de deux universités (Wageningen aux Pays-Bas, California-Davis aux USA), sur la base d’une modélisation des risques de mammites cliniques et subcliniques en lactation, en se servant de la base de données des producteurs laitiers de Californie. Dans toutes les situations, le traitement systématique au tarissement est plus coûteux que le traitement sélectif. Pour un élevage avec une Concentration en Cellules Somatiques moyenne (CCS autour de 200 000 cellules/mL de lait), le coût estimé de la mammite autour du tarissement était annuellement de 54,7 $ par vache tarie primipare et 58,5 $ par vache tarie multipare. Dans la situation économique optimale où l’on pratiquait le traitement sélectif au tarissement, seulement 30 % des vaches primipares ont reçu des antibiotiques, ce qui équivaut à un coût total estimé de la mammite de 52,4 $ par vache tarie primipare, alors que 88 % des vaches multipares ont reçu des antibiotiques, pour un coût de 58,2 $ par vache tarie multipare. Cela correspond en fait à une réduction globale de 29 % de l’utilisation des antibiotiques autour de la période sèche. (Hommels et al, Journal of Dairy Science, 2020, 104 : 100216 ; https://doi.org/10.3168/jds.2020-20016).

 traite SANTÉ : conduite du troupeau avant vêlage, reproduction et santé post-partum

La durée de gestation et le temps passé en groupe avant vêlage sont des facteurs de management importants pour réduire l’incidence des affections de début de lactation ; de plus, les temps de rumination autour du vêlage peuvent aider à prédire les résultats de reproduction ultérieurs. Le but de cette étude menée au Royaume-Uni était d’évaluer l’effet des temps de rumination et des jours passés en groupe avant vêlage sur la santé en début de lactation (30 premiers jours) et les performances de reproduction chez les vaches laitières. Les données ont été recueillies sur 719 vaches Holstein élevées dans un même troupeau. Les auteurs n’ont pas trouvé d’association significative entre le temps de rumination avant vêlage et la survenue de maladies (infectieuses ou métaboliques) dans les 30 premiers jours de lactation. En revanche, plus le temps de rumination est long dans la semaine précédant le vêlage, plus le délai de réussite d’une gestation ultérieure est court : cette relation significative n’est pas retrouvée en considérant le temps de rumination après vêlage. L’effet combiné de la durée de gestation et des jours passés en groupe avant vêlage était significativement associé au risque de traitement des affections de début de lactation (optimum en termes de santé : 280 jours de gestation + 30 jours de vie en groupe avant vêlage), mais n’était pas lié au délai de survenue de la gestation suivante. La parité était également associée à une plus grande probabilité de pathologie en début de lactation, les vaches les plus âgées (trois lactations ou plus) étant plus susceptibles de développer une maladie sur cette même période. (Cook et al, Journal of Dairy Science, 2020, 104: 19768 ; https://doi.org/10.3168/jds.2020-19768).

mamelle MAMMITES : prévalence fécale de Streptococcus uberis et santé de la vache

Il existe plusieurs facteurs liés au management de l’élevage laitier et à la vache elle-même qui affectent à la fois la détection de Streptococcus uberis dans les fèces et les futurs risques d’infection intramammaire. C’est la conclusion de deux études longitudinales menées par l’Université de Nottingham (Royaume-Uni) dans un élevage de 230 vaches laitières afin d’apprécier la prévalence de S. uberis dans les fèces et d’évaluer les facteurs pouvant influer sur le portage gastro-intestinal. L’identification des souches de streptocoques se réalisait via une méthode PCR. La persistance de S. uberis dans l’environnement de la vache laitière était due à une forte proportion d’animaux excréteurs de la bactérie, et non en raison d’un faible nombre de vaches « super-excrétrices » au sein du troupeau. La saison influence le taux de détection de la bactérie dans les fèces, avec des niveaux de détection significativement plus élevés pour les bovins logés en bâtiment (hiver notamment) que pour ceux présents au pâturage. Les variables significatives affectant la détection de S. uberis étaient l’état corporel, la parité, le stade de lactation et les conditions de logement. Ainsi, les animaux ayant une plus forte excrétion étaient les primipares, les vaches avec un score élevé d’état corporel, les femelles en début de lactation (0-49 jours), et celles logées dans des très grandes aires paillées (versus des logettes avec paille). (Sherwin et al, Journal of Dairy Science, 2021, 104 : 20310 ; https://doi.org/10.3168/jds.2021-20310).

 reproduction REPRODUCTION : intervalle vêlage-1ère IA et performances laitières

Allonger l’intervalle vêlage-1ère IA (IV-IA1) jusqu’à 200 jours n’a pas affecté le niveau quotidien de production laitière des primipares ; à l’opposé, les vaches multipares ont subi une baisse du niveau quotidien de production laitière par jour d’IVV (intervalle vêlage-vêlage) et connu une augmentation de leur état corporel en fin de lactation, en comparaison aux vaches multipares avec un intervalle IV-IA1 de 50 jours. L’objectif de cette étude néerlandaise (Université de Wageningen) était d’examiner les effets de trois périodes d’IV-IA1 différentes (50, 125 et 200 jours) sur le poids vif, l’état corporel, la production de lait et la persistance de la lactation de vaches laitières provenant d’un troupeau unique de 154 vaches Holstein. L’IVV moyen augmentait avec l’IV-IA1 (respectivement 384 versus 452 versus 501 jours). Durant les 44 premières semaines de lactation, la longueur de l’IV-IA1 n’a pas influé sur le niveau de production laitière. De même, l’extension de l’IV-IA1 de 50 à 125 jours n’a pas modifié la production quotidienne de lait par jour d’IVV. Enfin, les vaches avec un IV-IA1 long (125 ou 200 jours) avaient un niveau de production laitière inférieur au tarissement, ce qui semblait plus favorable à la santé de la mamelle en période sèche et début de lactation. Pour les vaches multipares, l’extension de l’intervalle IV-IA1 à 200 jours a entraîné une production laitière plus faible par jour d’IVV. (Burgers et al, Journal of Dairy Science, 2020, 104 : 19914 ; https://doi.org/10.3168/jds.2020-19914).

nutrition NUTRITION : efficacité alimentaire et courbe de lactation

L’efficacité alimentaire dans la période suivant le pic de lactation, mesurée par l’efficacité alimentaire brute, la marge sur coût alimentaire et l’efficacité énergétique nette de la lactation est positivement associée à un pic de lactation élevé. Une équipe canadienne (Université de Guelph)avait pour objectif d’évaluer la relation entre l’efficacité alimentaire (estimée quotidiennement) et les paramètres décrivant les courbes de lactation de vaches Holstein primipares. Ainsi, du pic à 150 jours de lactation, l’efficacité alimentaire brute (kg de lait corrigés par TP et TB/kg d’ingéré de matière sèche), la marge sur coût alimentaire (prix des kg de lait et composants – coût de l’alimentation) et l’efficacité énergétique nette de la lactation étaient positivement associées au niveau du pic de lactation. En revanche, l’amélioration de la persistance de la lactation n’a pas influé sur les critères de l’efficacité alimentaire, ceci dans les 150 premiers jours de lactation. Ces résultats en début de lactation suggèrent que les estimations de l’efficacité alimentaire pourraient être améliorées en démarrant au moment de la fécondation (début de gestation), plutôt qu’au vêlage ou en lactation, pour mieux tenir compte de l’énergie stockée en gestation puis libérée en lactation à partir des réserves corporelles de la vache. (Seymour et al, Journal of Dairy Science, 2020, 104 : 20010 ; https://doi.org/10.3168/jds.2020-20010).

économies ÉCONOMIE : pertes de lait dues aux mammites en traite automatisée

Dans une fenêtre de temps allant du jour -5 au jour +30 autour du premier traitement d’une infection intramammaire en lactation, le niveau des pertes de lait par vache traitée s’élevait à 101,5 kg ; ces pertes étaient fortement dépendantes de la parité et du stade de lactation, les pertes de lait les plus élevées étant mesurées chez les vaches multipares et au pic de lactation. Cette étude réalisée en Belgique visait à décrire les pertes de lait liées aux traitements des infections intramammaires (4 553 cas de vaches infectées dans 41 troupeaux équipés de robots de traite). À cette fin, les auteurs ont étudié les rendements laitiers et les pertes de lait au niveau des vaches et des quartiers, à la fois sur une période fixe autour du premier traitement et lors des perturbations (périodes pendant lesquelles la production de lait réelle est constamment inférieure à la production de lait attendue) associées à ces traitements. Les pertes de lait relatives exprimées en pourcentage étaient les plus élevées le jour du traitement, et la rémission complète (retour à une production normale) n’était souvent pas atteinte 30 jours après le début du traitement. Dans 62 % des cas, les auteurs ont trouvé un décrochement de la production laitière à l’échelle de la vache au moment du traitement. En moyenne, les perturbations de production de lait ont commencé 8,7 jours avant le premier traitement.  Les pertes absolues médianes dans une fenêtre fixe de 36 jours autour du traitement variaient entre 50,2 kg pour les quartiers avant infectés et 59,3 kg pour les quartiers arrière infectés contre respectivement 24,7 kg et 26,3 kg pour les pertes médianes au niveau des quartiers non infectés. Ces pertes dépendaient aussi du stade de lactation et de la parité. Exprimées proportionnellement par rapport au niveau de production attendu, les pertes de lait médianes relatives le jour du traitement étaient 20 % plus élevées dans les quartiers infectés, avec une variabilité plus élevée et une récupération plus lente. (Adriaens et al, Preventive Veterinary Medicine, 2021, 194: 105420; https://doi.org/10.1016/j.prevetmed.2021.105420).

bien-être BIEN-ÊTRE : causes de comportement anormal des vaches en groupe

De multiples causes peuvent expliquer des situations de comportement anormal des vaches laitières en groupe dans une étable, avec des conséquences sur les performances laitières : nouveau bâtiment, présence de ventilateurs, existence de courants électriques parasites (spécialement lors d’utilisation de matériel électronique comme avec un robot de traite), mais aussi la présence d’insectes piqueurs et la valeur du couple température-humidité (climat) dans l’étable. De nombreux signalements de comportements anormaux de vaches élevées en groupe et en bâtiment aux Pays-Bas, lors de l’été 2017, ont alerté les professionnels : les vaches se regroupaient pendant la journée dans une partie de l’étable et ne se déplaçaient pas pendant plusieurs heures, ce qui, selon les éleveurs concernés, a entraîné une réduction de la consommation d’aliment et d’eau, une baisse du temps de repos, une diminution de la production de lait et un risque accru de boiterie. Des chercheurs néerlandais ont mené une enquête (étude de type « cas-témoin ») auprès de 31 élevages laitiers affectés par cette problématique et 62 élevages « témoins » (soit deux élevages « témoins » pour un élevage « cas »). Le comportement de regroupement des vaches a commencé dans la plupart des troupeaux en juin, n’a été observé que pendant la journée et a duré principalement de 6 à 8 heures, les vaches étant souvent regroupées dans la partie du bâtiment située au nord. (van Schaik et al, Journal of Dairy Science, 2020, 104 : 19969 ; https://doi.org/10.3168/jds.2020-19269).

productionPRODUCTION : profils de longévité de vaches élevées en « tout pâturage »

Il existe une association significative entre la longévité (en termes de vie productive) d’une vache laitière élevée en « tout pâturage » et un ensemble d’indicateurs physiologiques et zootechniques de cette même vache (production laitière, reproduction, variations du poids corporel ou des réserves corporelles et santé globale) évaluée lors de la première lactation. Cette étude conduite par des chercheurs de l’UMR Herbivores INRAE/VetAgro Sup, portait sur les systèmes laitiers extensifs fondés sur le pâturage en prairie, où les vaches peuvent être exposées à divers aléas (climatiques, sanitaires…) et environnements « limitants » (conditions d’alimentation) au cours de leur vie productive. La base de données a inclus 185 vaches laitières (races Holstein et Montbéliarde) d’un élevage expérimental, ainsi que 32 variables inhérentes à la vie productive et reproductive des vaches, au statut sanitaire, à l’apport quotidien moyen de matière sèche, au poids corporel et au score d’état corporel caractérisant la première lactation des vaches laitières multipares, ainsi que leur durée de vie productive (différence entre l’âge à la réforme et l’âge au premier vêlage). Par exemple, des vaches avec de bonnes performances « fonctionnelles » (en termes de critères de santé et de reproduction), mais avec une production laitière modérée pendant la première lactation avaient une durée de vie productive plus longue que des vaches ayant une production laitière modérée mais avec de mauvaises performances de reproduction.

(Mendes et al, Livestock Science, 2021, 246 : 104443 ; https://doi.org/10.1016/j.livsci.2021.104443).

pictogramme-bouteille-laitQUALITÉ DU LAIT : différence de composition lait de jour – lait de nuit 

La composition du lait de nuit diffère considérablement de celle du lait de jour, ceci pour 33 des 36 petites molécules, métabolites, hormones et cytokines mesurés au cours de l’étude, mais pas en ce qui concerne les composants essentiels du lait (matière protéique, matière grasse et lactose). C’est une publication originale, conduite en Chine, sur un nombre limité d’animaux : 10 vaches laitières de parité 2, élevées en bâtiment sous lumière naturelle, recevant la même alimentation à base notamment d’ensilage de maïs et de foin de luzerne, ayant une production laitière moyenne journalière de 25 kg. Des prélèvements de lait étaient réalisés à 5 heures (lait de nuit) et 15 heures (lait de jour). Au niveau des hormones et cytokines, le lait de nuit s’est avéré plus riche en mélatonine et interféron gamma, mais moins riche en facteurs pro-inflammatoires comme le malon-dialdéhyde. Aux niveaux lipidique et protéique, le lait de nuit était plus riche en acides gras insaturés et acides aminés, ainsi qu’en certains glucides. Les niveaux de matières grasse et protéique, de lactose et ce cellules somatiques ne différaient pas entre les 2 types de lait. Ces différences sont liées à des modifications du statut métabolique en réponse au rythme circadien. (Teng et al, Journal of Dairy Science, 2021, 104 : 8301–8313).

GP-FR-NON-220600017