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AU CŒUR DU LAIT

Au-delà des solutions apportées par ses médicaments, MSD Santé Animale accompagne la filière lait dans les domaines techniques, de la médecine collective et du développement de nouveaux services. Ce partenariat se concrétise avec Au Cœur Du Lait par la mise à disposition et le partage d’une revue régulière des actualités économiques et techniques.

Brèves De Traite – Décembre 2020

Brèves de traite – décembre 2020

ECONOMIE : impact économique d’un allongement de la durée de lactation

L’effet d’une stratégie d’allongement de la durée de lactation sur la productivité du troupeau, les résultats économiques de l’élevage et l’émission de gaz à effet de serre dépend de la durée d’extension, de l’âge et de la proportion de vaches concernées par cette stratégie. Cette étude danoise a comparé par la modélisation de différentes durées de lactation, à travers des intervalles entre vêlages (IVV) de 15 et 17 mois (versus témoin de 13 mois), sur l’ensemble des vaches d’un troupeau, ou bien seulement sur les primipares ou multipares. Les différentes stratégies d’allongement de la lactation réduisent la production laitière annuelle et la consommation globale d’aliment respectivement de 4 et 7 %, mais avec un accroissement de la quantité de lait par kg de MS alimentaire de 3,5 %. Le taux de renouvellement est réduit de 14 %. Mis à part l’application de cette stratégie aux seules primipares, qui a très peu d’impact économique, toutes les autres formes d’extension de la durée de lactation diminuent la marge sur coûts variables (CA – coûts variables) par vache de 3 %. Enfin ces mêmes stratégies entrainent une diminution de 8 % de l’émission de gaz par vache et par an. En conclusion, conduire son troupeau laitier avec une stratégie d’allongement de la durée de lactation de 2 à 4 mois peut être économiquement viable, si le producteur est capable de réaliser des économies (évolution du parc bâtiment) ou des gains (mieux rentabiliser les cultures) dans son élevage. (Lehmann et al, Livestock Science, 2018, 220 : 100-110).

REPRODUCTION : traite robotisée et performances de reproduction

Les résultats de fertilité sont globalement meilleurs chez des vaches laitières Holstein traites de manière automatique (robot) par rapport à celles traites de manière conventionnelle. Les auteurs polonais ont suivi sur une période de 3 ans 16 élevages laitiers (vaches de race Holstein) qui sont passés d’une traite conventionnelle à une traite robotisée, équipés par ailleurs d’un outil de détection des chaleurs. Les performances de reproduction ont été enregistrées sur les 2 premières lactations et comparées entre les 2 types de traite. La transition vers le robot de traite a permis d’améliorer l’intervalle IA1-IA fécondante (15 versus 22 jours) sur les vaches primipares, le nombre d’IA pour obtenir une gestation (1,79 versus 2,01) et l’âge au vêlage (1.226 versus 1.244 jours) pour les vaches en deuxième lactation. Seul l’intervalle vêlage-IA fécondante n’a pas été amélioré sur cette dernière catégorie de vaches (144 versus 143 jours). Ces meilleures performances de reproduction en traite robotisée s’expliquent notamment par un bien-être amélioré des vaches résultant en une plus grande liberté de mouvement, un accès facilité au robot de traite, un enregistrement plus précis de l’activité des animaux. (Piwczyński et al, Livestock Science, 2020, 240 : 104140).

MAMMITES : épidémiologie des mammites cliniques à Klebsiellapneumoniae 

Les épisodes de mammites cliniques à Klebsiella pneumoniae peuvent être causés par des souches bactériennes variables sur le plan génétique. Mais, lorsque l’infection mammaire persiste, c’est souvent la même souche qui est isolée dans la glande mammaire jusque 28 jours après l’infection. Des cas de mammites cliniques modérées ont été enregistrés dans 2 élevages du Wisconsin (USA) et du lait provenant de ces infections mammaires à Klebsiella pneumoniae a été prélevé à partir des quartiers infectés sur une période allant jusque 28 jours après le début de l’infection. Les vaches étaient divisées en 3 groupes : 2 recevaient un traitement antibiotique intramammaire de 2 ou 8 jours, le 3ème groupe était « témoin négatif ». Toutes les souches bactériennes ont été caractérisées grâce à une méthode d’électrophorèse en champ pulsé, le seuil de 90% étant retenu afin de définir l’homologie entre souches isolées. Au total, 41 souches différentes ont été isolées dans les 2 élevages (respectivement 22 et 19). Ces souches étaient très diverses sur le plan génétique. C’est seulement lors de mammite persistante ou de réinfection sur la même vache qu’ont été retrouvées des isolats de même génotype, sur la base de prélèvements réalisés 14, 21 et 28 jours après le début de l’infection.  (Fuenzalida et Ruegg, Journal of Dairy Science, 2020, 103, 4 : 3479-3492).

ANTIBIORESISTANCE : 1ère description d’un clone d’E. coli mammaire à BLSE et mcr-1

Cette publication met en avant la première description de la circulation en élevage laitier d’un clone d’Escherichia coli caractérisé par la présence de gènes « béta-lactamases à spectre étendu » (BLSE) et d’un gène de résistance à la colistine (mcr-1), à l’origine d’infections intramammaires.  Une équipe scientifique grecque a systématiquement recherché dans des prélèvements de lait issus de vaches à historique de mammites colibacillaires la présence de souches d’E. coli à gènes BLSE (béta-lactamases à spectre étendu, responsables d’une résistance à de nombreuses bêtalactamines). Au total, 400 vaches issues de 23 élevages laitiers étaient concernées par l’étude. La sensibilité des isolats aux antibiotiques était évaluée par la méthode de diffusion sur gélose et les CMI vis-à-vis de la colistine ont été déterminées par microdilution en bouillon.  Des tests PCR étaient ensuite réalisés pour caractériser les gènes BLSE et mcr-1 (qui est un gène de résistance à la colistine décrit également chez l’homme). Au total, 89 souches de colibacilles (22%) ont été isolées dans 12 élevages (52%). Six souches, isolées à partir de 6 vaches, étaient porteuses du gène BLSE et appartenaient au phylogroupe A 5type ST66 : elles étaient également positives au gène mcr-1 de résistance à la colistine. Des études complémentaires sont nécessaires afin d’évaluer la prévalence de ce type de souches colibacillaires, notamment pour le gène mcr-1, jamais isolé auparavant sur des isolats d’E. coli d’origine mammaire. (Filioussis et al, Journal of Dairy Science, 2019, 103, 1 : 852-857).

TRAITE : hygiène de la traite et présence de spores dans le lait cru

Une hygiène stricte des extrémités des trayons peut réduire jusqu’à 40 pour cent le nombre de spores mésophiles et thermophiles dans le lait cru de tank. Les bactéries sporulantes (comme Paenibacillus spp. et Bacillus spp.) survivent facilement à la pasteurisation (haute température / courte durée) et peuvent ensuite affecter la qualité des produits laitiers tels que le lait liquide et les poudres de lait. Ces spores se retrouvent souvent en grand nombre dans la litière et le fumier des vaches. Des recherches antérieures montrent que l’hygiène des vaches est importante pour empêcher les spores d’atteindre le tank. L’étude conduite par l’Université de Cornell (USA) a été menée dans 5 élevages laitiers pendant 15 mois. Deux procédures sanitaires ont été appliquées : amélioration de l’hygiène de la mamelle en phase de préparation à la traite en formant le personnel de traite à mieux nettoyer et désinfecter les trayons ; mise en œuvre de changements dans le lavage des lavettes individuelles (utilisation de détergent, d’eau de Javel et de séchage). Un total de 355 échantillons de lait cru de tank a été prélevé avant et après la réalisation de ces interventions. Le nombre de spores mésophiles a ainsi chuté de 37% et le nombre de spores thermophiles de 40%. Surtout, des réductions de spores ont été observées au cours de chacune des 3 visites consécutives à la mise en œuvre des mesures, et la plus grande réduction de spores a été enregistrée pour le premier prélèvement qui suivait la formation du personnel de traite.(Evanowski et al, Journal of Dairy Science, 2020, 103, 5 : 4088-4099).

DIAGNOSTIC : le sérum amyloïde A, marqueur des infections mammaires à Streptocoques ?

La concentration en sérum amyloïde A (SAA) dans le lait est significativement plus élevée chez les vaches atteintes de mammites à streptocoques en comparaison de vaches saines, alors qu’aucune différence n’est observée entre vaches saines et infectées pour ce qui est de la concentration de SAA dans le sérum. C’est la conclusion de travaux menés par l’Université de Lublin (Pologne) à partir de 80 échantillons de lait et de sérum provenant de 30 vaches Holstein atteintes de mammite, auxquelles ont été ajoutées 10 vaches saines « témoins ». Les souches de streptocoques isolées à partir de lait de quartiers infectés se répartissaient de la manière suivante : Streptococcus agalactiae (7 isolats), Streptococcus dysgalactiae (9 isolats), Streptococcus uberis (14 isolats). La présente étude indique que la concentration de SAA était significativement plus élevée dans le lait des vaches atteintes de mammite par rapport aux vaches témoins (1134,25 ng/ml versus 324,50 ng/ml). La concentration la plus élevée de SAA a été mesurée dans le lait de vaches atteintes de mammite causée par Streptococcus agalactiae et Streptococcus uberis (respectivement 3882,50 ng/ml et 2587,75 ng/ml versus 812,00 ng/ml pour Streptococcus dysgalactiae). Aucune différence statistiquement significative n’a été mise en évidence pour la concentration sérique de SAA entre les vaches à mammite et les témoins (respectivement 2140,00 ng/ml et 2510,00 ng/ml). Enfin, Il n’y avait pas non plus de différence statistiquement significative entre le taux de SAA dans le sérum et dans le lait des vaches atteintes de mammite induite soit par Streptococcus agalactiae, soit par Streptococcus uberis. (Bochniarz et al, Comparative Immunology, Microbiology and Infectious Diseases, 72 : 101498).

VEAU LAITIER : immunité colostrale et prévention de la cryptosporidiose

La concentration en IgG spécifiques contre Cryptosporidium parvum dans le colostrum distribué aux veaux le premier jour de vie est importante dans la prévention des infections à Cryptosporidium parvum. L’objectif de cette étude réalisée dans 5 élevages laitiers (vaches de race Holstein) du nord de la Grèce était de vérifier si le niveau d’anticorps dirigés contre C. parvum dans le colostrum avait une influence sur la sensibilité du veau à cette infection. Au total, 50 vaches et leurs veaux ont été inclus dans l’étude. Les prélèvements de colostrum étaient réalisés 12 heures après le vêlage et les teneurs en anticorps (IgG) spécifiques de C. parvum du colostrum étaient déterminées par immunodiffusion radiale simple. L’état de santé des veaux était enregistré tous les jours et des prélèvements de fèces étaient effectués au premier épisode diarrhéique du veau. Pour toutes les vaches, la concentration du colostrum en anticorps anti- C. parvum a varié de 5,7 à 40,7 g/l ; pour celles ayant donné naissance à des veaux atteints de diarrhée à C. parvum, cette concentration s’est échelonnée entre 6,8 et 36,8 g/l. Une corrélation négative significative a été trouvée entre les niveaux d’anticorps anti- C. parvum et les manifestations cliniques de la cryptosporidiose sur les veaux laitiers. (Lefkatidis et al, Preventive Veterinary Medicine, 2020, 176 : 104904).

 LOCOMOTION : facteurs de risque de boiteries sur les vaches au pâturage

Il existe de nombreux facteurs de risques, tant au niveau de l’animal qu’à l’échelle du troupeau, associés à une mobilité suboptimale pour les vaches laitières dans les systèmes d’élevage basés sur le pâturage. L’étude a été réalisée en Irlande en exploitant la base de données nationale d’élevages laitiers (vaches majoritairement de race Holstein), sur l’année 2015 (soit un total d’environ 11.000 animaux). Des données sanitaires, portant notamment sur la locomotion, ont été utilisées grâce au système de notation de la mobilité des vaches (de 0 à 3, à savoir d’une bonne mobilité à une mobilité très diminuée). La recherche de facteurs de risques d’une atteinte de la mobilité des vaches a été effectuée à l’aide de modèles statistiques combinant les niveaux liés à la vache et ceux liés au troupeau. Les facteurs de risques significatifs d’une atteinte de la mobilité des vaches ont été :

  • Au niveau de l’individu : un état corporel insuffisant, un niveau élevé de production laitière, un taux élevé de cellules somatiques dans le lait, le stade de lactation (≥ 60 jours), le mois de vêlage (février/mars) et la race (Holstein > Jersiaise).
  • Au niveau du troupeau : la durée de la traite (≥ 90 minutes), la non formation du personnel au parage des pieds, l’absence d’utilisation de pédiluves, l’attente de la dernière vache traite pour le retour du troupeau en pâture.

Tous ces facteurs sont à prendre en considération dans la gestion d’un troupeau laitier en système majoritairement en pâture. (O’Connor et al, Preventive Veterinary Medicine, 2020, 181 : 105077).

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