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AU CŒUR DU LAIT

Au-delà des solutions apportées par ses médicaments, MSD Santé Animale accompagne la filière lait dans les domaines techniques, de la médecine collective et du développement de nouveaux services. Ce partenariat se concrétise avec Au Cœur Du Lait par la mise à disposition et le partage d’une revue régulière des actualités économiques et techniques.

L’élevage Laitier En Turquie : Une Production Extrêmement Contrastée

L’élevage laitier en Turquie : une production extrêmement contrastée

Barlas-Bozyegit

Directeur de la BU Ruminants de MSD Santé Animale en Turquie

La Turquie est le premier pays agricole à l’échelle de l’Europe, et possède le plus grand cheptel bovin laitier du continent.

Si l’élevage de bovins à viande est quasi inexistant en raison du manque de terres pâturables, l’élevage de vaches laitières est en revanche très présent, sous des formes très diverses.

Notre collègue et confrère Barlas Bozyegit, Directeur de la BU Ruminants de MSD Santé Animale en Turquie, nous parle de ce marché en pleine évolution.

Barlas, peux-tu pour commencer nous présenter rapidement le paysage agricole turc ?

La Turquie est un très grand pays où la population croît très rapidement – la moyenne d’âge y est de 29 ans. On y voit comme dans toutes les économies émergentes un exode rural, une croissance continue des grandes villes et le développement de la classe moyenne. C’est le 7ème plus grand pays agricole au monde et le 1er à l’échelle européenne. La production agricole est en augmentation constante ces dernières années, portée notamment par les produits d’origine animale. Ils représentent la principale source de protéines, en particulier la volaille (poulet et œufs), le lait et la viande de bœuf. Cependant la consommation de lait et de viande reste basse en comparaison de l’Europe occidentale.

Qu’en est-il du développement de la production et de la consommation de lait ?

La Turquie est auto-suffisante en lait, mais la moyenne de production demeure très faible – autour de 15 litres de lait par vache et par jour. La production est largement subventionnée par le gouvernement car l’enjeu économique est fort. L’état promeut la consommation de lait dans les écoles primaires où la distribution est quotidienne, à la suite d’appels d’offre d’opérateurs locaux. Les surplus de lait ne pouvant être exportés vers l’Union Européenne, la Turquie se tourne vers d’autres économies pour l’exportation de poudre de lait – l’Irak et la Syrie avant la guerre, et aujourd’hui la Chine principalement. La Turquie compte un grand nombre d’opérateurs locaux, mais les grands groupes français comme Danone et Lactalis sont également actifs.

Comment est structurée la production laitière ? Peux-tu nous parler des différents types de fermes ?

Le pays compte plus d’un million de structures d’élevage, mais le contraste est grand entre les petites fermes de quelques vaches, et les grands opérateurs. On pourrait classer les élevages en 5 catégories :

  •  Elevages de type “basse-cour” – de 1 à 10 têtes : ce modèle reste le plus fréquent, pour environ 950 000 fermes.
  • Les petites fermes : de 10 à 100 vaches (alors que la moyenne nationale française est à 65 vaches NDLR), pour 300 000 fermes.
  • Les élevages de taille moyenne : 100 à 500 vaches, pour 5000 opérateurs. Dans ces structures, le taux de vaccination est très bas, et l’intervention vétérinaire est rare.
  • Les grands troupeaux : de 500 à 2000 vaches. On compte environ 50 fermes de cette taille, il s’agit de la catégorie qui se développe le plus rapidement en Turquie.
  • Les très grands opérateurs industriels : de 2000 à 8000 vaches, pour environ une vingtaine de structures. Dans ces fermes, qui emploient en général leur propre vétérinaire, le niveau d’expertise n’est pas spécialement très élevé mais il est souvent fait appel à des experts externes. Le développement économique récent du pays a encouragé des industriels à investir dans la production laitière comme dans un hobby. L’absence de terres de pâturage oblige au recours à l’alimentation industrielle importée, souvent de qualité moyenne, mais qui représente un surcoût de production très important. Les farm managers d’aujourd’hui ont à cœur de faire baisser les coûts de production en jouant sur l’alimentation, et malheureusement sur les investissements vétérinaires comme la vaccination.


A ce sujet, qu’en est-il des aspects sanitaires de l’élevage laitier en Turquie ?

Le taux de vaccination des vaches laitières en Turquie est très faible, autour de 2-5% (respiratoire, DNN, Clostridioses). On estime à 500 000 le nombre de veaux mourant chaque année faute de prévention vaccinale. Ceci pèse lourd sur l’économie de l’élevage et justifie le fait qu’un projet comme “Time To Vaccinate” de MSD ait eu la permission exceptionnelle du gouvernement de s’adresser aux éleveurs directement.

Au niveau sanitaire, un certain niveau d’incertitude règne dans la mesure où certaines maladies sont sans doute présentes mais non répertoriées, ou du moins non communiquées. On rencontre probablement des cas de fièvre catharrale mais ces maladies ne sont pas déclarées. Dans les élevages laitiers, les mammites demeurent problématiques, les intramammaires sont peu utilisés et les traitements sont essentiellement injectables. La prophylaxie est rare, mais quelques vétérinaires consultants spécialisés commencent à apparaître.

Peux-tu nous en dire plus sur les équipements et l’élevage connecté ?

On rencontre de nombreux grands troupeaux équipés de robots de traite. Les élevages connectés existent (podomètres connectés notamment) mais la gestion et l’exploitation des données demeurent rudimentaires dans la plupart des cas. Il est difficile de changer des habitudes solidement ancrées en Turquie, et beaucoup d’éleveurs restent dans des pratiques anciennes malgré leurs équipements modernes. Dans ce pays immense où les éleveurs n’ont pas accès directement aux vaccins, les vétérinaires doivent se déplacer très loin pour intervenir en élevage. La population turque continue à croître très vite, et le besoin de lait et de produits laitiers va s’amplifier. Les  besoins ne seront remplis localement que si l’agriculture se professionnalise davantage.

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