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Quels sont les indicateurs potentiels d’une acidose ruminale subaiguë induite expérimentalement ?

Résumé Article “Indicators of induced subacute ruminal acidosis (SARA) in Danish Holstein cows.” Danscher A.M., Li S., Andersen P.H., Khafipour E., Kristensen N.B., Plaizier J.C. Acta Vet Scand., 2015, (57):39.

L’objectif de cette étude menée au Danemark était de décrire et comparer l’évolution de différents paramètres (cliniques, sanguins, ruminaux, urinaires, fécaux) lors de challenge acidogène, censé reproduire les conditions d’une acidose ruminale subaiguë.

Pour ce faire, les auteurs ont utilisé six vaches Holstein primipares avec fistule ruminale, les animaux recevant durant 6 semaines une ration complète mélangée. A l’issue de cette période, les animaux pouvaient commencer l’étude avec 4 types de rations distribuées: 3 jours de ration complète, puis 3 jours de transition (montée en quantité des concentrés) jusqu’au challenge proprement dit avec 4 jours à 40% de concentrés puis 6 jours de récupération en ration complète.

Les animaux ont fait l’objet :

  • D’un examen clinique de leur état général, température rectale, scoring des fèces, fréquences cardiaques, respiratoires et ruminales une fois par jour
  • D’un examen orthopédique (scoring de locomotion, plus test de pression sur la zone typique d’ulcère de la sole sur les membres antérieurs – vaches entrainées pour cela -)
  • D’une mesure du pH ruminal et des AGV présents (prélèvements plusieurs fois par jour)
  • D’une mesure du pH urinaire et fécal
  • D’une mesure de l’hématocrite, pCO2, p02, sodium, potassium, chlore, calcium et pH
  • D’un suivi de l’ingestion

L’ensemble de ces paramètres ont été décrits et comparés selon la période de l’étude.

Il en ressort les résultats principaux suivants :

  • Le pH ruminal a bien diminué lors de la période de challenge, confirmant que le challenge a fonctionné. Certains animaux ont même montré un pH ruminal plus proche de celui rencontré sur des vaches en acidose aiguë, soulignant la très grande variabilité inter-individuelle des vaches face à une même ration. De la même manière, comme attendu, le taux de matière grasse a diminué suite au challenge (production laitière et taux protéique inchangés). Comme déjà décrit, la quantité de matière sèche ingérée a diminué durant la phase de challenge (vs contrôle) : 16,3 kg vs 19,7 kg.
  • Mis à part un léger abattement perceptible sur quelques heures, l’examen clinique n’a pas varié durant l’étude quel que soit le régime (léger ramollissement des fèces à noter deux jours après challenge).
  • Concernant la locomotion, aucune différence n’a été notée; ce qui corrobore les nombreuses études récentes, remettant fortement en cause le lien acidose subaiguë et boiteries chez les bovins.
  • Les auteurs ont noté une légère diminution du pH fécal et urinaire, significative (P < 0.05), mais dans un ordre de grandeur très faible, rendant illusoire l’utilisation de ces modifications comme outil diagnostic. Une légère diminution du calcium ionisé (mais très faible) a été observée sur les vaches lors du challenge (P < 0.05). L’hématocrite a légèrement augmenté (29,2% vs 27,5%) ainsi que la pCO2 t (48,3 mmHg vs 46,5 mmHg). Toutefois, les fluctuations étaient trop faibles pour envisager leur utilisation pour diagnostiquer l’acidose subaiguë déclenchée.

En conclusion, il ressort, dans les conditions de cette étude, que très peu de variables parmi celles mesurées ont différé entre les animaux soumis au régime acidogène ou contrôle soulignant la grande variabilité inter-individuelle des animaux vis-à-vis de cette affection. Les variables différant telles le pH fécal ou urinaire, ou le calcium ionisé et la pCO2 varient dans de trop faibles proportions pour laisser entrevoir leur utilisation pour un diagnostic sur le terrain. La question de la réalité clinique de ce trouble ruminal sous sa forme subaiguë reste entière.

GP / FR/ORUM/0817/0082

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