Des modifications relatives à la production et la santé de la mamelle persistent jusqu’à 8 semaines après la mise en place d’un traitement intra-mammaire

Résumé Article “Changes in milk yield, lactate deshydrogenase, milking frequency, and interquarter yield ratio persist for up to 8 weeks after antibiotic treatment of mastitis.”

Fogsgaard K.K., Lovendahl P., Bennedsgaard T.W., Ostergaard S.

Journal of Dairy Science, 2015, (98):7686-7698.

L’objectif de cette étude menée au Danemark était de décrire les modifications de différents paramètres (production laitière, activité de la Lactate Deshydrogenase – LDH –, fréquence de traite et ratio de production laitière inter-quartiers) autour des cas de mammites cliniques traitées. De plus, l’impact du pathogène incriminé sur l’intensité et la persistance de la variation éventuelle de ces paramètres a été recherché.

Dans cet objectif, les auteurs ont utilisé les données issues de 2 fermes équipées de robot de traite. Les données de 1032 lactations de 795 vaches ont été analysées. Les données des 174 vaches atteintes et traitées pour mammite clinique ont été comparées à celles de vaches saines, sur une période allant de 5 semaines avant le traitement à 8 semaines après sa mise en œuvre. Les bactéries incriminées dans les mammites ont été recherchées. L’impact de l’espèce de pathogène sur les paramètres suivis a également été recherché.

Il en ressort les résultats principaux suivants :

  • 174 vaches ont été traitées pour mammite durant l’étude dont 116 multipares et 58 primipares.
  • 53 cas attribués à S. aureus (préférentiellement sur les multipares), 49 cas ont été attribués à des staphylocoques coagulase négative (SCN) (en majorité chez des primipares), 26 à E. coli (principalement chez les multipares).
  • Chez les primipares, les niveaux de production laitière des animaux sains et atteints de mammite clinique étaient similaires jusqu’à 1 semaine avant l’apparition du cas. Ensuite, la production des primipares atteintes diminuait et restait inférieure durant toute la période d’observation.
  • Chez les multipares, les vaches atteintes de mammite clinique avaient 3 semaines avant le cas une production plus forte que les multipares saines, mais celle-ci devenait inférieure dans la semaine précédant l’apparition du cas. Une tendance similaire était observée pour le ratio de production inter-quartiers.
  • L’activité de la LDH était similaire entre animaux sains et atteints de mammite clinique 3 semaines avant le cas mais augmentait la semaine du traitement chez les animaux malades. Le retour au niveau basal de la LDH était observé chez les primipares traitées au bout de 7 semaines. En revanche, le niveau de LDH restait plus élevé chez les multipares traitées, encore 8 semaines après la mise en place du traitement.
  • La fréquence de traite (traite volontaire car ici, en système robot) était déjà plus faible chez les multipares atteintes de mammite clinique 5 semaines avant l’apparition du cas et était toujours différente 8 semaines après le traitement. Chez les primipares, aucune modification n’a été notée sur ce paramètre.
  • Que ce soit chez les primipares ou les multipares, le ratio de production laitière inter-quartiers était significativement supérieur chez les animaux malades et traités, 8 semaines après traitement, par rapport à la situation initiale (5 semaines avant l’apparition de la mammite clinique).
  • L’intensité de ces modifications a été plus marquée chez les primipares lors d’infection par S. aureus. Concernant les SCN, l’impact le plus néfaste était une production laitière moindre post-traitement. Pour E. coli, seules 9 vaches ont continué à être traites suite à l’épisode de mammite clinique (les autres vaches ont été réformées ou taries). Toutefois, ce sont sur ces vaches qu’ont été observées les plus fortes baisses de production laitière post-traitement (+ de 10%).
  • Les auteurs concluent que le temps nécessaire à la normalisation des paramètres suivis milite pour considérer que le temps nécessaire à une guérison/normalisation complète va bien au-delà du temps nécessaire pour obtenir  la guérison bactériologique ou du temps dédié à la mise à l’écart du lait pour les résidus.

En conclusion

Il ressort, dans les conditions de cette étude, que des changements (production, activité de LDH, fréquence de traite) sont déjà perceptibles 1 à 3 semaines avant l’apparition de la mammite clinique et de la mise en œuvre du traitement intra-mammaire. L’ampleur et la durée de persistance de ces modifications sont fonction du pathogène incriminé mais peuvent persister jusqu’à 8 semaines post traitement. Ces résultats soulignent l’importance d’une prévention maximale des infections mammaires et de la précocité de leur détection, afin d’en minimiser l’impact, non seulement à court terme, mais aussi à long terme. Pour évaluer correctement l’impact d’une mammite clinique, il est important de l’évaluer l’évolution à l’échelle de la vache et non pas se placer par rapport à une moyenne de troupeau. Ils appellent à poursuivre les études permettant de mieux gérer les mammites cliniques, afin de limiter les pertes de production, favoriser la récupération totale des animaux atteints et assurer leur bien-être dans les semaines suivant l’épisode clinique.

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