Brèves techniques

Brèves de traite – juin 2023

DIAGNOSTIC : biomarqueurs du lait et statut métabolique de la vache laitière

Il est possible de prédire le statut métabolique de la vache laitière en début de lactation, à partir du 6ème jour, sur la base de modèles basés soit sur l’analyse des acides gras du lait par chromatographie gazeuse, soit sur l’analyse par spectrométrie infra-rouge des acides gras et du β-hydroxybutyrate du lait associée à une approche analytique complète selon le protocole  « Dairy Herd Improvement » (DHI). Ce sont les conclusions des travaux d’une équipe de scientifiques de l’Université de Gand (Belgique). Ils se sont servis de données métaboliques sanguines provenant de 117 lactations (99 vaches) prélevées aux jours 3, 6, 9 et 21 de lactation. Le protocole « standard » inclus dans le programme DHI était basé sur l’évaluation des paramètres suivants : matières grasse et protéique (MG et MP), lactose, ratio MG/MP, urée, concentration en cellules somatiques (CCS). Ce modèle DHI seul était à l’origine des moins bonnes performances de prédiction du statut métabolique de la vache laitière en début de lactation , ceci par rapport aux autres modèles testés. En revanche, associée à l’analyse des acides gras du lait par spectrométrie infrarouge, la qualité de la prédiction était satisfaisante, particulièrement aux jours 9 et 21, en équivalence avec un modèle uniquement basé sur l’analyse des acides gras du lait en chromatographie gazeuse. (Heirbaut et al, Journal of Dairy Science 2022, 106 : 690-702 ; https://doi.org/10.3168/jds.2022-22217).

NUTRITION : supplémentation en β-carotène en période péripartum

Une supplémentation en β-carotène en période péripartum chez des vaches laitières recevant une alimentation adaptée en vitamine A augmente les concentrations sériques de β-carotène et vitamine A, les teneurs en β-carotène du colostrum, sans influer sur production, reproduction et santé des vaches. Ce sont les conclusions de deux études publiées par une équipe américaine (Université de l’Illinois). Un total de 49 vaches de race Holstein fortes productrices ont été réparties en un lot expérimental (800 mg de β-carotène par jour durant les 3 semaines précédant le vêlage) et un lot témoin (placebo). La supplémentation n’a pas affecté l’incidence de différentes maladies (cétose, rétention placentaire, mammites, métrites, déplacement de caillette, boiteries, …). Les auteurs ont observé par ailleurs une modification de la couleur du colostrum, tendant vers une coloration jaune foncée à rougeâtre. Ils ont également noté une diminution des teneurs sériques en α-tocophérol chez les vaches laitières supplémentées. (Prom et al, Journal of Dairy Science, 2021 et 2022, 105 : 21482 et 22210 ; https://doi.org/10.3168/jds.2021-21482).

ANTIBIORESISTANCE : facteurs de conduite d’élevage et antibiorésistance de germes du lait

Un certain nombre de paramètres zootechniques et sanitaires de routine en élevage laitier sont corrélées à la sensibilité de souches bactériennes sentinelles du lait de tank (Enterococcus sp., Escherichia coli). Une équipe anglaise a compilé des données de conduite d’élevage provenant de 2 groupes d’élevages, séparés au niveau régional, répondant à un questionnaire rempli lors de visites in situ (total de 141 élevages). Les achats de produits vétérinaires antibiotiques étaient collectés sur la période d’étude. Des prélèvements de lait de tank ont permis de déterminer en laboratoire les valeurs de CMI (Concentration Minimale Inhibitrice) de souches appartenant à 2 bactéries sentinelles (E. coli et Enterococcus spp.). Les pratiques à risques en relation directe et significative avec la résistance des souches d’E. coli du lait ont concerné la gestion des logettes et litières (renouvellement des litières 2 fois par jour versus 1 fois par jour), la préparation de la mamelle avant la traite (brossage des trayons seul versus prétrempage) et la phase de traite proprement dite (traite conventionnelle versus traite automatisée). En ce qui concerne Enterococcus spp., les pratiques à risques ont concerné la gestion du fumier (stockage en ferme versus pas de stockage), l’entrée d’animaux de l’extérieur (taureaux achetés à l’extérieur versus taureaux élevés dans l’élevage), l’utilisation de produits à action antibactérienne dans la litière, la stratégie de tarissement (avec antibiotiques et/ou obturateurs versus sans traitement) et la nature des traitements antibiotiques (notamment l’utilisation accrue de β-lactamines et fluoroquinolones). (McLaughlin et al, Preventive Veterinary Medicine, 2022, 105666 ; https://doi.org/10.1016/j.prevetmed.2022.105666).

PRODUCTION : pertes de poids en lactation et performances de reproduction

Les vaches laitières ayant une perte de poids précoce en lactation (avant 1er mois) ont des meilleures performances de reproduction et des niveaux de production laitière équivalents aux vaches ayant une perte de poids plus tardive en lactation. C’est le résultat d’une étude réalisée au Brésil sur 76 vaches laitières Holstein ayant leur 1ère IA 60 à 75 jours de lactation, dont l’état corporel a été suivi par caméra tout au long de leur début de lactation. Les vaches ont été réparties selon la date d’atteinte du score minimal d’état corporel, correspondant à la perte de poids maximale du début de lactation : le seuil de séparation des 2 groupes a été fixé au 34ème jour de lactation. Aucune différence n’a été observée entre les 2 groupes quant aux notes d’état corporel avant vêlage (3,3), au minimum (2,7), à la perte de poids et à la quantité de lait produite. En revanche, on a pu noter eu des différences évidemment sur le stade lactation avec la note minimale d’état corporel (23 versus 76 jours), le taux de réussite à la première IA, le taux de gestation à 150 jours de lactation et l’intervalle vêlage-vêlage. (Pfeiffer et al, Tropical Animal Health and Production, 2022 ; https://www.researchsquare.com/article/rs-2062412/v1 ).

VEAU LAITIER : facteurs de variation de la cicatrisation ombilicale

Aucune association n’a été mise en évidence entre les conditions de cicatrisation du nombril et les facteurs liés à la mère, les conditions du vêlage et les facteurs liés au veau. En revanche, les données dimensionnelles du nombril étaient significativement associées aux conditions de vêlage et aux facteurs liés au veau. Ce sont les conclusions générales de cette étude canadienne (Université de Guelph), sur la base d’observations de la cicatrisation de nombrils de veaux laitiers mâles et femelles (68 en tout), durant une période de 14 jours. Des facteurs significatifs ont été mis en relation avec le diamètre et la longueur du moignon ombilical. Ainsi, le diamètre de la partie proximale du moignon était significativement associé au jour d’observation, au sexe (diamètre inférieur chez les femelles), à l’heure de naissance (plus large pour les veaux nés durant la nuit versus le matin) et au poids de naissance (plus large pour les veaux > 44 kg versus < 38,5 kg). Ensuite, la longueur du moignon ombilical était significativement associée à l’heure de naissance (plus long pour les veaux nés durant la nuit) et à l’interaction poids de naissance x jour d’observation (plus long chez les veaux > 44 kg pour la majorité des jours d’observation).  Les auteurs n’ont pas confirmé le seuil de diamètre du cordon ombilical (13 mm) souvent retenu dans la bibliographie pour caractériser une omphalite, certains veaux avec un nombril d’un diamètre supérieur à 13 mm n’ayant pas manifesté de signes d’infection. (von Konigslow et al, 2021, Journal of Dairy Science, 105: 7654–7667 ; https://doi.org/10.3168/jds.2021-21666 ).

MAMMITES : CCS, production laitière et reproduction des VL au pâturage

La concentration en cellules somatiques du lait (CCS) est négativement corrélée au taux de conception et au niveau de production laitière quotidienne chez les vaches laitières au pâturage. Cette relation négative avec le taux de conception est plus élevée lorsque l’augmentation du CCS survient après la date de saillie ou d’IA et qu’elle est influencée par la sévérité de la mammite ; dans le cas de la production de lait, cette corrélation négative est influencée par la parité, le quartile de production laitière et la sévérité de la mammite. Des scientifiques argentins ont exploité une base de données comprenant près de 2 millions de vaches laitières, réparties dans près de 900 élevages laitiers en système herbager, sur une période de 14 années. Les seuils de CCS étaient fixés à 150.000 cellules/ml (inflammation légère), 400.000 cellules/ml (inflammation modérée), 1.000.000 cellules/ml (inflammation sévère), les mesures s’effectuant 30 jours après la saillie ou l’IA. Les chances de réussite de fécondation à la première saillie ou IA étaient, par rapport à des vaches saines (Odds Ratio = 1), respectivement de 0,92 (nouveau cas d’infection), 0,87 (infection guérie), 0,84 (infection chronique).  Au niveau du taux de conception, les valeurs d’Odds Ratio, toujours par rapport aux vaches saines, étaient de 0,90 (cas d’infection légère), 0,84 (cas d’infection modérée), 0,71 (cas d’infection sévère). Enfin, l’augmentation d’un point de score linéaire de CCS (valeurs de CCS en base log2) était associée à une baisse de la production laitière respectivement de 0,35, 0,54 et 0,68 kg de lait/jour pour les vaches en première, deuxième et troisième lactations. (Rearte et al, Journal of Dairy Science 2021, 105 : 221504 ; https://doi.org/10.3168/jds.2021-21504).

BIEN-ÊTRE : pas meilleur dans les élevages laitiers de petite taille, au contraire !

La taille d’un troupeau laitier a peu ou pas d’effet sur les niveaux de bien-être animal spécifiques à l’élevage. Par conséquent, lorsque le bien-être animal est discuté au niveau du grand public et en politique, l’accent devrait être mis sur la mise en œuvre de mesures de bien-être animal sur les élevages laitiers, avec moins de focus sur la taille du troupeau ou moins de contraintes réglementaires de restriction basées sur la taille de troupeau. Ce sont les conclusions de deux scientifiques allemands qui ont exploité une base de 3.085 élevages laitiers de leur pays, représentative de la diversité des tailles d’exploitation en Allemagne (de 7 à 2.900 vaches par élevage pour une moyenne de 122 femelles laitières par troupeau). Les auteurs ont ensuite établi un index de bien-être animal (BEA) défini avec de experts en BEA le long de la chaîne de production du lait. De manière générale, les grands élevages ont un meilleur index de BEA que les petits élevages. Pour chaque % de plus en taille d’élevage, l’index est amélioré de 0,0069 point : par exemple, un élevage de 244 vaches laitières (le double de la moyenne) voit l’indice de BEA amélioré de 0.69 point. Les auteurs soulignent le degré croissant de spécialisation quand la taille d’élevage augmente, facteur qui peut en partie expliquer cette relation taille-BEA.  (Lindena & Hess, Journal of Dairy Science, 2022, 105: 8924–8945 ; https://doi.org/10.3168/jds.2022-21906).

REPRODUCTION : diagnostic cytologique de l’endométrite

Le diagnostic cytologique optimal de l’endométrite de la vache laitière doit être effectué avec des critères variables selon la parité des femelles : chez les vaches primipares à 30–40 jours de lactation, en utilisant un seuil de 7 % de cellules polynucléaires, et chez les vaches multipares à 60–70 jours de lactation, en utilisant un seuil de 4 % de cellules polynucléaires. C’est la conclusion d’une équipe israëlienne (Université de Jérusalem) qui a procédé à une cytologie de l’endomètre, à travers l’utilisation de cytobrosses sur 2 prélèvements successifs (30-40 puis 60-70 jours de lactation) par vache, sur un total de 415 vaches (269 multipares, 146 primipares). Les seuils de cellules polynucléaires ont été sélectionnés respectivement à 1, 10, 15 et 20%. Pour chacun de ces seuils ont été comparés divers critères de reproduction entre des vaches avec et sans endométrite. Une telle approche diagnostique fournit une aide intéressante dans le pronostic de la réussite de la reproduction chez des vaches primipares et multipares à endométrite, ce qui est une information pertinente pour les scientifiques, les vétérinaires et les éleveurs. (Druker et al, Journal of Dairy Science, 2021, 105: 665–683 ; https://doi.org/10.3168/jds.2020-20064).

ECONOMIE : coût de la mammite chronique en élevage laitier à robot de traite

Le coût médian d’une mammite en élevage laitier équipé de robots de traite s’est élevé à 208 € par cas d’infection intramammaire (IMI), dont la moitié de ce coût médian est attribué à la mammite chronique (104 € par cas d’IMI). Une équipe de scientifiques européens (Suède et Pays-Bas), avec la participation de la société DeLaval, a modélisé le coût d’une mammite chronique (durée ≥ 28 jours) en proportion du coût global d’une mammite sur la base d’un élevage de 100 vaches laitières en traite automatique, sur une période de 7 ans. Les coûts substantiels liés à la mammite chronique ont été la transmission des bactéries pathogènes (modèle contagieux ; 45% de ces coûts), la réforme des vaches et les pertes de production laitière. D’autres coûts significatifs ont été le traitement des vaches au tarissement et la quantité de lait écarté. C’est la bactérie Staphylococcus aureus qui est responsable de la part prépondérante du coût de ces mammites chroniques (73 € pour un coût médian de 104 € par mammite chronique) (Bonestroo et al, SSRN, 2022; http://dx.doi.org/10.2139/ssrn.4073569 ).

GP-FR-NON-230600024